| Avant de réaliser
un tableau, J.D. fait presque toujours un croquis plus ou moins
précis, une esquisse colorée ou un dessin gouaché,
et cela dès son époque Sérusier.
Dans la période puriste, utilisant le Nombre
d'or, il fait des études beaucoup plus poussées
sur le papier avant d'entreprendre le travail sur la toile, et les
marges des dessins sont pleins de rapports mathématiques.
D'autre part, indépendamment des tableaux,il réalise
aussi de nombreuses œuvres sur papier: collages, gouaches, encres,
pastels, fusains " gommés "...
Vers le milieu des années cinquante,
lorsqu'il revient à plus de spontanéité, il
renonce complètement aux dessins préparatoires - sans
pour autant cesser de dessiner. A l'origine d'un tableau,
il y a toujours pour lui la nécessité de formuler
quelque chose, mais désormais, cela s'exprime directement
sur la toile de lin non préparée tendue sur le chassis
: J.D. y trace quelques traits au fusain, puis passe une
couche d'enduit à la colle, et il reprend le dessin qui apparaît
par transparence. Ainsi, au cours des trois ou quatre couches
de préparation que reçoit la toile, il précise
davantage son trait, approfondissant son dessein à chaque
étape. Lorsque l'ensemble est jugé satisfaisant,
il indique les valeurs à l'aide de hachures faites à
la craie et au fusain. C'est en général à
cette phase qu'il prend une photographie qui servira pour le livre
de raison. Après une dernière couche de
"mayonnaise " (V. § Tempera),
il pose enfin la couleur à l'aide de brosses et de couteaux
à peindre.
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Il arrive qu'une dizaine
de toiles soient sirnultanément mises en œuvre, car le peintre
entrecoupe délibérément son travail de tâches
matérielles qu'il tient à exécuter lui-même
: ainsi, il tend la toile sur le chassis dont le format est choisi
à chaque fois, il prépare l'enduit, la tempera et
il broie soigneusement les poudres de couleur... C'est durant ce
long processus d'élaboration qui peut s'étaler sur
plusieurs jours, parfois sur des semaines, que J.D. se "
représente " la couleur qui semble s'imposer d'elle-même,
ses possibilités, sa nécessité émergeant
comme naturellement du dessin. Très rarement, mais
cela arrive aussi, l'origine du tableau se trouve dans un désir
de couleur, et dans ce cas, c'est le graphisme - avec en général
une grande importance du geste- qui apparaît
dans le second temps.
C'est uniquement pour des raisons d'ordre pratique
que dans les années soixante, lorsqu'il se trouve à
Munich, J.D. revient aux peintures
sur papier de format " Raisin " ou " Jésus ", et qu'en 1967,
pendant ses séjours forcés à l'hôpital,
il recommence à dessiner avec son stylographe à plume,
remplissant plusieurs petits camets de compositions aux hachures
légères. |